Partager l'article ! Histoires de campagne: Nous avons passé 7 jours dans le village de Banya, au pied de la montagne Pirin et avec vue sur les montagnes Ri ...
Nous avons passé 7 jours dans le village de Banya, au pied de la
montagne Pirin et avec vue sur les montagnes Rila et les Rhodopes de l'autre côté. Une région de toute beauté, encore sauvage - quand on s'éloigne des complexes de ski.
J'ai retrouvé mon amour premier pour ce peuple fort que sont les Bulgares, grâce aux villageois, à la multitude d'animaux en tout genre qui peuplent les villages et les routes, aux maisons
superbes, aux véhicules en tout genre, et surtout surtout grâce à l'accueil de Bate Stoïko et Kaka Mara (diminutif de Margi !!! ici mon prénom est tout à fait banal !!! si si !!!). Bate et Kaka
sont des appellations que l'on rajoute devant le prénom d'une personne plus âgée, quand on veut lui témoigner du respect et de la tendresse (selon l'âge ou le degré d'intimité, elles vont
changer.. moi je répète comment disent atanas ou svetla, pcq je n'ai pas saisi toutes les subtilités) - j'aime bcp ces témoignages simples de respect et d'amitié, cela me rappelle les manières
sud-américaines de s'adresser à l'autre, et comme partout en ce monde civilisé, cest dans les campagnes que ces traditions restent plus vivaces encore, comme si le respect y subsistait plus
facilement.
Nous avons dormi dans la maison de Tinka (fille de stoiko et mara) et Andon, pcq ils chauffent tout un étage et donc pouvaient nous loger sans risque de retrouver des glaçons le lendemain, au
contraire de bate stoiko et kaka mara, qui vivent comme la majorité des villageois sans le sou, dans "la pièce d'hiver" tout l'hiver: une seule tout
e petite pièce de la maison est chauffée grâce à un poêle à bois et
cette unique pièce devient leur maison pour tout l'hiver. Elle me rappelle bcp la manière ottomane de vivre, dans l'idée et dans la forme: des peaux en laine sur tous les murs (qui rappelent bien
le mouton par leur odeur persistante...), des peaux en laine sur les chaises, sur les lits-banquettes (qui font office de canapé-lit-place de jeu), une table (avec diverses rakia dessus: 1
destinée à réchauffer le ventre par absorbtion directe, 1 destinée aux douleurs dorsales par étalement, 1 pour les divers pbs respiratoires et rhumes par frottement pulmonaire), une télé
(indispensable), un évier (faisant office de SdB et cuisine) et le poêle pour chauffer et faire bouillir l'eau pour le tchaï, 1 calendrier (minimum) par mur (c'est pour tromper son monde et faire
comme si on avait plein de tableaux dans sa maison) et la photo des petits et arrière-petits enfants sur la télé. Il fait dans cette pièce au minimum 27°C - hé, y'avait un thermomètre accroché- ,
quand on vient du dehors vivifiant et enneigé (donc on a mis ses collants, pantalons chauds, grosses chaussures, sous-pull, pull à col roulé, grosse veste,gants, bonnet), c'est assez ..hmm..quel
est le mot? étonnant?surprenant?chaud?suffocant?cardiaque? irresponsable? ..bref, j'ai failli défaillir et là, le secours s'appelle les toilettes, heureusement situées à l'extérieur.
Bate stoikov et Kaka mara, 85 et 78 ans, sont des personnes d'une gentillesse et d'une simplicité parfaite. Stoiko propose à qui veut bien l'écouter un verre de rakia de sa propre
fabrication, et il faut absolument accepter pcqu'alors on a le bonheur de le voir se servir verre après verre, avec un pétillement dans les yeux qui me faisait penser à un petit garçon
malicieux qui sait qu'il fait une bêtise mais qui adoooore ce sentiment. Ils passent leur temps à rire, ce qui m'a étonnée et merveilleusement apaisée après les visages sombres de Sofia.
Malheureusement pour moi, leur bulgare est un mélange incompréhensible entre accent et dialecte bizarre, la prononciation change de ce que je connais et donc j'ai bcp fait rire kaka mara pcq elle
trouvait très drôle que je ne pige rien à ses longs discours.
Chez Tinka et Andon, où nous avons dormi, j'ai cru me retrouver dans une maison middle-class bolivienne...la décoration et la manière de vivre sont quasi-identiques. Chauffage poussé à fond, nous
avons d'ailleurs provoqué un scandale au matin pcq j'ai l'habitude de couper le chauffage pour la nuit (au moins...), une télévision dans chaque pièce, 6 gsm pour 2 personnes ne travaillant pas,
des calendriers comme déco murale partout, des cadres avec les photos des petits-enfants obèses sur la télé, fleurs en plastique et assiettes "souvenir de la mer noire"... Mais le coeur sur la
main, tjs prêts à discuter, expliquer ou aider. De "vraies" personnes, sincères. J'ai enfin eu l'impression de sortir un peu du cercle des plaintes continuelles sur la vie.
Nous avons eu nos oeufs frais, notre lait frais, notre yaourt chaque jour, la joie de voir les animaux en semi-liberté dans le village (chevaux, vaches, oies, moutons, chèvres, poules, chiens,
chats... tout ce beau monde se débrouillant +ou- seul pour trouver sa nourriture..d'où mon petit défi à Andon qui déteste ses 2 chats qui viennent quémander à manger en plein hiver: je leur ai
refilé mon yaourt quotidien en secret, chtt!).
Evidemment si nous sommes allés à Banya, c'est surtout pour les bains. C'est un village posé litéralement sur plusieurs sources d'eau thermale sortant à 57°C, connue pour ses vertus cicatrisantes
et anti-rhumatismales. Le
plus beau est que ces sources sont encore
publiques (évidemment il y a rumeurs qu'une grosse compagnie va acheter les terrains avec les sources..privatisation prochaine - mort du village tel qu'il l'est - expropriation des tziganes etc),
donc partout on voit couler de petits ruisseaux qui fument dans la neige, les femmes vont laver le linge aux lavoirs à 50°C et chaque jour nous avons été aux bains: établissement thermal public
où on peut profiter de l'eau soit dans des bassins (divisés quand même en "pour femmes" et "pour hommes", sont plutot ancienne mode ici), soit en prenant une baignoire privée (et pour vraiment
rien). Nous avons pris une baignoire pcq on peut y régler la température de l'eau, et j'avais peur que les petits ne supportent pas la chaleur des bassins (entre 36 et 41°C). C'est un pur plaisir
de se plonger dans ces baignoires (qui puent l'oeuf pourri) énormes, lilya et matey ont adoré "se laver" dans cette mini-piscine embuée de vapeur, puis sortir ensuite dans le paysage enneigé,
c'est magique.
Banya possède son double, juste après le petit pont des sources: le village tzigane. Ils sont à peu près aussi nombreux que les "bulgares" de banya, mais impossible de se tromper sur la
provenance des gens: les gens de Banya sont "blancs", les tziganes sont vraiment sombres de peau, d'un type très différent, bien plus pauvre encore que les villageois, accompagnés d'une
ribambelle d'enfants en haillons. La séparation est très nette entre les 2 "parties" du village, les gens parlent de "nos" tziganes, les acceptent, vivent en totale paix avec eux, m'ont à chaque
fois répété "nos tziganes ne sont pas des voleurs" (comprendre: tout les tziganes sont voleurs mais pas ceux d'ici - ce que je suppose dira qqun d'un autre village avec d'autres tziganes.... donc
moi je me demande bêtement "mais où sont donc ces tziganes voleurs?") mais mais mais ce ne sont pas des bulgares, ce n'est pas Banya et quand même "quand je vois qu'il y a trop de tziganes dans
le bassin, je demande au chef d'augmenter la température, et hop en 5 minutes le bassin est pour nous tout seuls".... C'était d'ailleurs hilarant, nous avons eu la chance d'assister à la
farandole d'un de leur mariage devant les bains, avec fanfare à la kusturiza, assez décalé et magnifique, et là on m'a expliqué (je suppose en voyant mon sourire et mes yeux) que "ça c'est un
mariage bulgare!" - aaah, tout d'un coup ils deviennent bulgares vos tziganes...je m'y perds ;-) Je suis fascinée par leurs visages et leur manière de s'habiller, ils sont en général très
expressifs, méfiants et fiers ou au contraire totalement ouverts, et leurs enfants sont magnifiques, très souriants et arrogants. Ils font un peu peur de la même manière, peut-être à force
d'être et d'avoir été persécutés, ils ont souvent un regard qui dérange.
Qques excursions que nous avons fait pendant la semaine: of course, l'incontournable Bansko, la station de ski huppée (pour les bulgares) bon marché (pour les anglais-allemands-danois)...et bien
un conseil: contournez-là!! J'ai vu le village il y a 5 ans, et on sentait déjà l'investissement immobilier flamber, mais cela restait vivable, un joli petit centre piétonnier, de vieilles
maisons... nous n'avons même pas retrouvé le centre!!! hôtel sur hôtel, complexe sur complexe, d'un genre exécrable, loger et faire boire et bouffer un maximum de crétins en un minimum de temps
et d'argent. Un désastre. Mais quelle station de ski n'a pas détruit tout l'environnement, à coup de pistes, d'hôtels et de restos?! bref.
Ensuite, un détour extraordinaire: le parc des
ours danseurs de Brigitte Bardot - une vraie référence dans le pays, BB!!! elle a fait récupérer les ours des tziganes montreurs d'ours, pour les placer dans ce gigantesque parc perdu en pleine
montagne, un endroit superbe et géré par des professionels et des volontaires. Ils s'occupent des ces ours qui ont été traumatisés et violentés toute leur vie, dans un parc où ils vivent en
semi-liberté. La plupart sont mutilés (odorat détruit par brûlures, anneau dans nez, aveuglés, frappés) et tournent en rond, n'hibernent même plus et sont dangereux pour l'homme car agressifs ou
trop sociables, ne savent pas se nourir... Ils font peine à voir mais je trouve que cette fin de vie est une belle petite compensation pour ce que l'homme leur a fait.
!!! je me rends compte que j'oublie un fait hyper important, qui a fait que nous avons trouvé ce détour génial! j'explique en 2 mots la route qu'il faut emprunter pour aller à ce fameux parc
(suivre les panneaux jaunes "dansing bears"): super merdique. Et ça grimpe sacrément dans les derniers km (ah, oui, c'est qd même à 11 km hors de la civilisation), puis les derniers 100m, c'est
de la patinoire sur neige-glace-boue...la skoda est une 4x4 et le chauffeur est un as du volant donc sans difficultés majeures pour nos âmes d'aventuriers. Mais, pour corser l'histoire, nous
avons été coincés par une ptite Fiat pneus lisses patinant et glissant désespérement en arrière dans un virage enneigé, donc atanas se gare précautioneusement sur le côté (d'un chemin déjà pas
large en en côte) - au cas où le gars de la fiat qui n'en menait pas large glisserait carrément sur nous - et sort pousser la fiat de ses robustes bras. Hop hop, la fiat repart avec ses 2
biologistes étudiant les ours (comme nous l'avons appris bien plus tard...). Le coup du sort, c'est qu'en voulant ensuite redémarrer la skoda...ben hop hop hop c'est elle qui a glissé dans le
fossé carrément profond et s'est calée tranquillement. Impossible de bouger, perdus par -10°C dans un virage au milieu de nulle part, avec surement des ours morts de rire cachés autour. Nous
trouvons un garde forestier, qui a un tracteur (wow!!trop cool!!) qui ne marche plus (ah bon, pas cool.) et rien pour faire bouger d'un pouce cette satanée voiture. Commence à faire froid d'un
coup... Svetla coincée côté fossé, commence très nettement à paniquer. Sur ce arrivent coup sur coup 4 voitures, avec plein de beaux gars très musclés (ok ok ok.. mais ils sont tous beaux les
bulgares!!) dont le premier met ses chaines neiges et nous annonce qu'il va nous tirer par l'avant: il met ses chaines, se met du cambouis partout, finit par enlever sa veste, se met du cambouis
encore plus partout, on installe la chaine pour tirer la voiture, et zou en avant - marguy au volant, les autres poussent - et hop hop les chaines du monsieur cassent... oups. Changement de
tactique ("faut pousser an avant!", "pousser vers l'arrière!", "soulever la voiture et la remettre sur la route!", "mettre une planche sous les roues", "aller chercher les ours!" etc etc), puis
après réparation astucieuse des chaines (euh..rien compris, c'est les plans débrouille), tirage en avant par le msieur dans sa peugeot, poussée par 6 gars aux gros bras, marguy elle te sort la
voiture du fossé sous les applaudissements (enfin non sinon ils auraient du lâcher la voiture, mais je les ai qd même entendus!), et hop hop hop c'est reparti. 1 h de bordel total sur la route
des ours, on a bloqué tout le monde et tout le monde nous a aidé avec le sourire (que des jeunes, je précise) et sans rouspéter un instant. Le plus beau, c'est qu'on a retrouvé les biologistes et
leur fiat pourrie avec les ours, tranquilles et heureux depuis 1h, qui ne se doutaient absolument pas de la mouise qu'ils avaient "provoqué" plus bas. Svetla s'en est remise, rassurez-vous, lilya
et Matey parlent encore des "messieurs qui ont aidé à sauver la voiture et Tati à poussé avec le baton, c'était bien!".
Autres sorties superbes dans de petits villages dans la montagne, entre autres Dobarsko pour aller voir sa magnifique église (minuscule mais avec des fresques
extraordinaires, trouvées en l'état et non restorées depuis le 16è)
et Kremen pour découvrir la maison de théo et eric, paysages somptueux donnant jusqu'à la grèce et sur Pirin, à couper le souffle! et dans chaque village, la vie qui s'est arrêtée il y a 100 ans,
les femmes avec les tabliers de laine en couleurs vives, les foulards fleuris sur la tête, les bas de laine marrons..les hommes en pantalons de laine courts et chaussettes épaisses dans les
"galoches" (chaussures basses en caoutchouc), chapka marron ou noire sur la tête, veste de laine... nous avons eu la chance de voir un enterrement à Kremen, tout le village en rang (villages de
vieillards, que ferait un jeune perdu dans cette montagne?!), et à Dobarsko, les vieilles femmes sont tellement curieuses des étrangers qu'elle viennent se renseigner pour les hommes restés dans
le café. Très beaux instants.
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l'été dernier ma femme et moi nous avons posé nos valises à Banya.Je voulais faire des balades dans les montagnes du Pirin.j'ai fait des balades superbes.Le soir venu nous nous promenions à Banya.Nous avons sympathisé avec les jeunes gens du village autour d' un terrain de volley.Nous avons tellement aimé le village de Banya et ses habitants que nous retournons cette année en souhaitant que cela reste longtemps un village.Nous avons aussi découvert l'autre Banya(Banya des Rooms)...Au début nous avions un peu peur de nous y aventurer.Mais renseignements pris auprès de notre hôte,notre sécurité n'était pas en danger.Le dernier jour nous leur avons donner des choses qu'il nous étaient impossible et inutile de reprendre.Rentrés au pays nous sommes restés en contact avec les jeunes gens rencontrés à Banya et nous nous réjouissons vraiment de les revoir bientôt.
Je reviens de Bania après 2 semaines qui nous ont bouleversé ma femme et moi.C'était notre 2 ème séjour à Bania et cette fois nous sommes repartis en amis d'une famille du village.De plus sans le savoir j'étais copain avec le petit fils des personnes agées ou vous avez séjourné.Un jour je lui ai montré votre article que j'avais emporté avec moi :il m'a alors dit que c'était ses grand-parents!!!Vous imaginez ma stupeur!!!
Bonjour André!
merci pour votre commentaire, je comprends qu'on s'attache à ce village que j'ai adoré. Extraordinaire que vous ayez connu le petit-fils! le monde est petit...