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Aujourd’hui, petite introduction au monde des Roms. Il faudra excuser ma verve et mes digressions, je suis encore sous le coup des émotions. En effet, j’ai (encore) eu une discussion houleuse à propos de ce groupe largement rejeté par les autochtones en Bulgarie (et ailleurs mais là n’est pas le sujet). Et comme je déteste me retrouver à discuter « dans le vide », sans argumentation concrète et objective, j’en suis venue à me documenter afin d’étoffer mes maigres connaissances sur ces gens fascinants, méfiants, typés indiens, en marge de toute société, qui font peur, détestés de toute part et victimes de ségrégations, de racismes et de préjugés profondément ancrés dans les croyances bulgares et autres. Je partage mes recherches avec vous, pcq je réalise que, même lorsque l’on sent confusément que ces discriminations à leur égard sont injustes et non-fondées, peu de gens connaissent les faits concrets de leur histoire passée ou présente.
Les préjugés les + communs : ce sont tous des voleurs, des arnaqueurs, des mendiants, des paresseux qui ne veulent pas travailler, ils sont sales et vivent dans des conditions non hygiéniques parce qu’ils l’ont choisi, ils ont des dizaines d’enfants pour les revendre ensuite, ils volent les enfants, font du trafic d’organes, de femmes et d’enfants, ils sont idiots et analphabètes, ils refusent de vivre en société, ils refusent les lois du pays, ils sont agressifs et provoquent les bagarres, ils ont tjs un couteau sous la veste, etc etc.
Et évidemment, comme dans tous les préjugés envers une minorité, il y a bcp de réalités dans ces propos : mais ces réalités découlent évidemment directement du rejet et du racisme dont ils sont victimes en premier lieu. Un cercle vicieux, comme tjs, et si vicieux que la quasi-totalité de la population bulgare a été « éduquée » à trouver normal que l’on méprise les Roms !!! Comment sortir de ce cercle lorsque l’on apprend depuis sa naissance qu’on est paria, que l’éducation nous est refusée, que les regards se remplissent de méfiance, de haine ou de mépris lorsqu’on se montre ?
Ici, on me répond que ces caractéristiques (paresseux, voleurs, mauvais, associables…) sont inhérents à leur personnalité, que leur mode de vie le veut ainsi. Vous me direz, c’est le trait commun à tout racisme, calquer des traits de caractéristiques non fondés sur une ethnie donnée, sans justification ni réflexion, puis inculquer cela à ses propres enfants. Mon dieu les conneries que me sortent certaines personnes (d’un niveau d’éducation élevé !). J’appelle cela du pur bourrage de crâne, de l’absence voulue de réflexion, des certitudes ridicules.
Une des idées bien ancrées est celle qui dit que les roms refusent de s’intégrer, chiffres à l’appui, villages à 100% roms, regroupement aux abords des villes en ghettos… mais ce qui explique aussi les chiffres, c’est que lorsqu’un Rom arrive à s’intégrer dans la société (si, cela arrive !), il cesse d’être considéré comme un Rom… il sera bulgare. Contradictions pathétiques.
Allez, évitons de nous perdre en paroles creuses, exposons un tant soit peu (la plupart vient de Wikipedia, recoupé par d’autres articles de la presse, d’amnesty, de la communauté européenne ou autres liens net – j’ai fait de mon mieux pour vérifier la provenance et l’exactitude…-)
En 1971, le congrès des associations et mouvements militants roms adopta le drapeau rom comme symbole du peuple Rom. Fond vert (qui symbolise la Terre fertile) et bleu intense (le Ciel, la liberté), et dessus la Chakra (roue solaire à vingt-quatre rayons, symbole de la route et de la liberté), du rouge de l'empereur Ashoka ou Ashok.
Les termes pour les désigner sont aussi variés que les sous-groupes et les pays qu’ils ont traversés :
Rom, a été adopté par l’Union Romani International en 1974 afin d’éviter les désignations à connotations racistes. Signifie « homme » en hindi.
Manouches est proche de manushiam, qui signifie gens en hindî.
Gypsies en anglais rappelle une ancienne légende selon laquelle les Roms seraient venus d'Égypte ("Egyptos" en grec) mais en fait les noms grecs Gyps et Gyftos, dont dérive Gypsies, signifient respectivement recycleur, équarrisseur, et ferronnier, ferrailleur, chaudronnier.
Gitans, de l'espagnol Gitanos, dérive aussi de Gyftos et de Gyps, et a également été rapproché d'"Egiptos". Ce terme n'a jamais été utilisé par les Roms pour se désigner eux-mêmes. Connotation péjorative.
Tsiganes vient du grec intouchable. Cette dénomination a donné Zigeuner en allemand, Cigány en hongrois, Zingaro en italien, etc. (considéré comme péjoratif, dans les pays de l’est en tout cas, certainement à cause de son emploi lors de la 2ème guerre mondiale par les SS).
Bohémiens:
ceux qui arrivent du royaume de Bohème (le roi de Bohème leur avait accordé un
passeport !). Au fil du temps, ce mot est devenu péjoratif ou désuet et certains groupes ont demandé à ce qu’on ne l’emploie plus.
Romanichels : « homme de notre race » dans la langue de ce peuple, le Romani : Romani = homme, tchel = peuple
; Romani Tchel = homme de notre peuple.
Leur langue est le romani, que les linguistes divisent en 3 groupes linguistiques, correspondant à trois grands ensembles historiquement différenciés en Europe : celui des Roms vivant principalement en Europe de l'Est, au Proche-Orient, en Amérique et en Australie ; celui des Sintis ou Manouches vivant en France, en Italie, au Benelux et en Allemagne et celui des Gitans vivant dans le sud de la France, en Espagne et au Portugal. La parenté du romani avec le sanskrit a été clairement établie.
Un peu d’histoire : leur origine est supposée indienne. C'est l'hypothèse sur laquelle s'accordent la plupart des ethnologues : dans l'Inde brahmanique, les bûcherons, les bouchers, les équarrisseurs, les tanneurs, les fossoyeurs, les éboueurs, les chiffonniers, les ferronniers, les mercenaires (Rajputs) et les saltimbanques exerçaient des métiers nécessaires à la communauté, mais considérés comme impurs. Ils n'avaient pas le droit d'être sédentaires et étaient hors-caste, comme ceux que l'on désigne aujourd'hui comme intouchables. En Inde, où ils sont connus sous les noms de Doms, Lôms ou Hanabadoches (en hindi/ourdou), les ancêtres des Roms étaient des groupes sociaux/professionnels plutôt qu'ethniques, leurs origines étaient géographiquement et socialement multiples, et leurs groupes très perméables (un enfant issu d'une union non-autorisée, un proscrit pour quelque raison que ce soit, étaient aussi « impurs » qu'eux et pouvaient donc les rejoindre).
De l'Inde, certains de ces groupes migrèrent (peut-être pour échapper au rejet de la société brahmanique) vers le plateau iranien et l'Asie centrale, puis l’Europe, l’Anatolie et l’Egypte.
Ils auraient atteint les Balkans au XIVè siècle.
Quelques chiffres et anecdotes en Bulgarie
- En Europe, il y aurait entre 6 et 9 millions de tsiganes.
Selon le dernier recensement en 2006 ( ?je pensais que leur recensement n’était pas autorisé pour cause de discrimination ?), il y aurait 370 000 Roms en Bulgarie. 700 à 800 000 selon l’U.E. Les ONG parlent d’1 million de Roms dans le pays…
La Bulgarie est le 2ème pays, après la Roumanie (qui en compterait environ 2 millions), à compter le plus de roms sédentarisés.
- Guerre de 39-45 : les nazis leur tatouaient un Z sur le bras (zigeuner) dans les camps de concentration où ils ont été largement déportés. Bien que des chiffres exacts ou des pourcentages ne puissent pas être vérifiés, les historiens estiment que les SS et leurs alliés auraient exterminé de 25 à 50% de tous les Roms européens.
- Un sondage de 2007 : 68% des Bulgares juge la discrimination ethnique « normale »
- Au second tour de l’éléction présidentielle de 2006, Volen Sidérov du parti extrème-droite Ataka a obtenu 24,1% des suffrages. Ce groupe tient des propos anti-roms violents (entre autres…) sur sa chaîne de télévision privée, cela sans sanctions.
- 80% des Roms sont au chômage. Un approfondissement datant de l’ère post-communiste : les Roms embauchés sous le communisme ont été les premiers à avoir été mis à la porte des entreprises lors de la chute du mur, car moins éduqués et moins qualifiés (et moins appréciés), et cette politique de discrimination (non-embauche ou licenciement) reste actuelle
- Seuls 11% des roms suivent des études secondaires : comprenez que 90% des roms arrêtent l’école vers 12 ans. La « technique » consistant à rediriger systématiquement les enfants roms vers des « institutions spécialisées » (càd pour handicapés mentaux) est encore et tjs en vigueur. Selon le centre européen pour le droit des Roms, entre 70 et 90% des élèves des institutions spécialisées sont Roms.
En 2006, le tribunal de district de Sofia a jugé que le ministère de l’Éducation, la municipalité de Sofia et une école de la capitale avaient pratiqué une forme de ségrégation envers des enfants roms, bafouant ainsi la législation antidiscrimination. Cette instance a constaté que tous les élèves de l’école étaient des Roms. Ce regroupement n’était pas le choix des élèves mais celui des autorités. La cour a également considéré que la médiocrité des conditions d’étude, l’absence de contrôle des présences et les faibles exigences éducatives régnant au sein de cet établissement constituaient des violations du droit des enfants roms à l’égalité d’éducation et à l’intégration.
- Un tribunal de Blagoevgrad a condamné (en 2006) un restaurant qui avait refusé de servir un groupe de clients roms. Ces derniers, qui avaient attendu en vain durant une heure, avaient déposé une plainte pour discrimination. Le propriétaire du restaurant n’a pas pu démontrer qu’il avait traité ces clients de la même manière que les autres, comme l’exige la législation bulgare en matière de lutte contre la discrimination.
- Leurs habitations sont souvent construites illégalement aux abords des villes (dans les conditions d’insalubrité et de manque d’hygiène que cela implique), et ils se font expulser (sommations de quitter leurs maisons en moins d’1 semaine – quand ce n’est pas destruction immédiate) sans aucune indemnité ou propositions de relogement. Mais, selon Amnesty, cela irait en s’améliorant, le tribunal de district de Sofia ayant déjà fait ajourner des expulsions car les autorités n’avaient pas prévu de relogement pour les personnes.
- Je n’arrive pas à trouver des chiffres : combien de Roms ont la nationalité bulgare ? càd la carte d’identité avec tous les droits qui vont avec. Je sais qu’il est courant de refuser la nationalité aux Roms par diverses techniques (reconnaissance tardive de l’enfant à la naissance par ex.).
- Leurs boulots traditionnels en Bulgarie : balayeurs des rues, vendeurs ambulants, aiguiseurs, ferrailleurs…
Les choses bougent tout de même, des lois voient le jour, quant aux discriminations et aux statuts des Roms, leur identité nationale et ethnique. Voici un texte intéressant proposé par leur comité, à propose du statut Rom en Europe :
http://www.rroma-europa.eu/fr/sc_fr.html
Il y a aujourd’hui 2 députées d’origine Rom à la Commission européenne, qui dirigent les regards sur ces problèmes. Bon, on avance.
Mais quant au quotidien, les croyances sont tenaces et ce n’est pas encore la prochaine génération bulgare qui parlera d’un Rom comme de son égal ou simplement comme d’un être humain. Et ce sont de vaines discussions fatigantes et démotivantes, avec des personnes qui souvent ne pensent pas à mal en tenant des propos racistes et méprisants, mais qui se refusent à réfléchir ou à se démarquer de leur société. Triste et dommage. L’espoir est à attendre du côté de la civilisation Rom, qui doit prendre et faire prendre conscience de leur sort.
http://www.amnestyinternational.be/doc/article5327.html
rapport de l’ECRI sur la Bulgarie http://www.coe.int/t/dghl/monitoring/ecri/Country-by-country/Bulgaria/BGR-CbC-IV-2009-002-FRE.pdf
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